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Clichés

Tamatave. Bazar Kely. Sur son côté ouest, le long d’une rue étrangement asphaltée ici où elles sont semées de trous, le marché déverse ses ordures du jour. Fanes, fruits, légumes avariés, et autres putréfactions, qu’il n’est pas utile d’aller identifier, forment un monticule très typé, du genre qui identifie ces tiers lieux exotiques à force de misère. 

Sur ce tas, bien sûr, des glaneurs quêtent ce que seuls les fouilleurs de poubelles sont capables de trouver. Ils vont pieds nus, mains nus, hardes crasses, sur cette colline meuble. Devant les immondices, une benne à ordure s’est également remplie de son office. Pourquoi cette benne ? Il en faudrait trois, quatre comme celle-ci pour entreposer les déchets qui gisent à ses côtés. Pourquoi aussi cet escalier de bois, cet accès à la tribune, décoré d’épluchures et de ces choses qu’il vaut mieux de ne pas nommer ? Les degrés ainsi ornementés ressemblent à une composition "d’urbanart" au goût particulier, une esthétisation naturelle d’un p’tit coin de décharge. 

Profitant de cette rampe, les enfants aux robes fleuries, aux shorts coupés sur des mollets malingres, ont grimpé pour plonger dans la benne, pour plonger dans les ordures souples où leurs silhouettes fluettes dansent avec leurs rires d’innocence saine.

Je n’ai pas pris mon appareil photo...