Accueil du site > Temps qui courent > Q u’ o n c o u r t > No land

No land

Des trous du cul du monde, il en existe parfois juste au delà du périph’, il n’est pas nécessaire de courir les antipodes. Une partie de la géographie, à la traîne d’une lecture économique du planisphère, s’en est fait une spécialité. Tous les lycéens connaissent la triade et ses marges où, en dehors d’un étroit espace de bonheur marchand, les cartes exposent des vides, exclus des plaisirs de la consommation rapide.

Ainsi il existe - mais ont-ils encore une existence réelle ?-, des lieux où internet relève de l’utopie, où parcourir 40 km devient une expédition et une épreuve pour les vertèbres. De ces endroits où l’on se demande qui peut bien y aller, au delà de quelques jours de curiosité ethnologique pour les peuplades sub-développées qui y croupissent.

Il ne s’agit pas, ou pas seulement, de rubans sableux paressant sous la caresse tiède de l’océan, de ces îlots paradisiaques quand on possède un billet de retour à la case prospérité. Non, ce sont parfois même des sortes de villes, dotées de semblants de commerces, d’administrations déliquescentes, de services de santé en phase terminale.

Pour le New Yorkais hupé, le Londonien de Soho, le Parisien qui possède plus de 25 m2 habitables, ces non lieux commencent hors de leur périmètre d’asphyxie. Que diable allez faire dans ces isoloirs de l’humanité ? Se perdre, fuir les siècles du progrès technique et marchand, abandonner les certitudes de la connectivité au monde, se conformer donc à un modèle de sous-être, avatar du provincial et de sous-développé. Car la différence est maigre entre l’habitant des contrées éloignées des autoroutes et le subtropical. Tous deux appartiennent à l’engeance de ceux qui ne comprennent pas, votent mal, et se tiennent en retard de l’avenir.

Le provincial possède une tare supplémentaire : c’est un plouc de proximité. L’autre fleure au moins l’exotisme. Surtout quand il a un peu de morve au nez et reste mignon à distance d’objectif, ou encore quand il est elle, fraîche et pas chère.

L’un et l’autre servent de témoin à ceux du centre, des coeurs actifs et réactifs, greffés en réseaux univoques. L’habitant de nulle part justifie les pleins, la prospérité, la suffisante certitude d’appartenir au monde qui existe.

Le reste n’est rien. A peine 90% de l’humanité...