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Retour

Mettre un pied ailleurs, c’est être un peu de là-bas et presque tout le monde a expérimenté le fait de devenir familier d’un endroit au bout de quelques jours. Nous sommes nombreux à avoir une prédisposition à la sédentarité au point de la refabriquer rapidement à l’aide d’odeurs, d’une disposition de quelques objets ou de la couleur d’un papier peint. A l’inverse le nomadisme titille toujours certaines fibres intimes ; il appelle à bouger.

Migrer c’est devenir un familier du monde, de plusieurs de ses lieux, en réaction à cette territorialité qui semble le pendant actuel à l’identitarisme récurrent. Migrer c’est bouger d’un point à un autre, s’y installer sans s’y fixer ; rester mobile. Alors quand on rentre dans sa résidence d’immigré, on rentre par bouts : les pieds sur le tarmac et la tête vers des préoccupations attachées au point de départ. A moins que ce ne soit l’inverse : les idées vagabondent vers les lieux où elles se réaliseront plus tard alors que le corps n’a pas encore bougé. Les amours, les sentiments, les proches et les visages connus forment des galeries parallèles, l’une en souvenir l’autre en exposition.

Et les mondes dissemblables contrastent. En Europe tout paraît si facile, canalisé, sans surprise, mais aussi ouvert, libre dès qu’on s’éloigne des voies routières rapides et des contrôles vidéo. A Madagascar, une paresse de climat donne le ton. La politique attend l’échéance de la prochaine date de la future élection, l’économie a oublié d’espérer quoique ce soit et la société moisit à l’exemple des murs de béton qui se couvrent de longues traînées de lichen. De la fébrilité inquiète, on passe à la patience indécrottable. L’électricité se coupe, l’internet patauge, l’eau goûte comme elle peut et le monde qui domine, celui du Nord et de ses certitudes modélisées, n’a plus grandes prises, on est rentré. Pour quelques mois étranger et habitant d’ailleurs, fixé pour une durée indéterminée. Quelque soit le point d’origine ou celui de son séjour, on est toujours après un départ et avant un retour.