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L’Afrique en vacances

L’été crépite de stridulations. Dans une ambiance de Paris rive gauche en Provence, sous la chaleur mesurée d’un jardin suspendu en Avignon, hors du temps et des complexions du monde, [Catherine Boskowitz] donne à lire des textes de dramaturges africains. Avec une justesse propre à RFI, l’animateur Pascal Paradou rappelle que ces lectures, enregistrées dans le cadre de "ça va, ça va, l’Afrique" [1]-, seront diffusées par « la radio du monde » qui rendra ainsi accessible ces textes aux auditeurs sub-sahariens.

C’est peut-être une certaine beauté du monde, toute sa beauté même, qui se déroule ici : d’un côté la grisonnante assemblée d’un public poli, bien mis et à la pensée vraisemblablement convenable, de l’autre un texte serré comme un poing asséné par un jeune gars en marcel, Criss Niangouna, sobre et malin. Ce sont deux mondes. Deux mondes qui ne s’illusionnent pas et où l’un écoute l’autre sans complaisance. Parce que le Congo de Dieudonné Niangouna n’invite pas à la compassion. Il ne se plaint pas. Il s’immisce et s’introduit, sans fausse provocation, là, dans un recoin bourgeois protégé, au milieu de ce festival bienséant, pour dire ce qui doit l’être.

Catherine Boskowitz, en signant les mises en scène de ces lectures, réussit à livrer simplement ce qui doit être dit, en évitant de s’encombrer d’a priori et d’excuses. Depuis le temps que d’Haïti au Congo, du Cameroun à Limoges, de Kinshasa à Brazza en passant par Paris, elle va d’un lieu à l’autre, lourds de silence et de culture en miette, elle n’a plus rien à prouver. Alors que cela se déroule dans un lieu convenable, d’où les effluves de transpiration sont contenues dans de délicats tissus de lin, n’enlève rien à l’entreprise : laisser la parole aux mots nécessaires et la futilité en vacances.




[1] en écho peut-être au documentaire de Raymond Depardon, Afriques, comment ça va avec la douleur ? disponible chez Arte vidéo