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Bol de pâtes

Il n’est ni moche, ni vieux décati. Il boit son café en terrasse en l’accompagnant d’un croissant. Propre, rasé de frais.

Il regarde passer les pousses à bras, les tuk-tuk, les motos, les vélos, les taxis bé… Bref il regarde la rue devant lui à Majunga. En face un kiosque de Gastro-pizza étale ses lettres blanches sur le rouge vif des murs. La Gastro-nomie, au dire de la pub, vend des glaces et des pizzas.

C’est bruyant et calme sous le store et le lambrequin vert du troquet baptisé salon de thé.

Il trifouille les paquets d’encens qu’il vient d’acheter comme un homme dans un couple habitué l’un à l’autre quand les conversations ne sont plus systématiques, ou bien carrément inexistantes.

Elle ? C’est une petite Malgache qui mange son bol de pâtes à la même table que lui. Elle est simple, bien mise. Pas une minette aux allures de pute, outrancièrement maquillée et moulée dans un costume qui déshabille. Quand elle se lève cependant, peu de tissu couvre ses jambes, un peu arquées sous ses tongs. Elle a tout juste 20 ans, moins ou davantage.

Il a sa quarantaine qui sent l’approche vers 50, le dos cassé en bosse à la 8éme dorsale, le teint blême.

Il lit son guide sur Madagascar. Dans quelle page a-t-il trouvé le droit de se coucher sur une peau polie à l’huile de coco, une peau de jeune fille dont les rêves dépassent rarement l’estomac ? Quelle rubrique permet d’être riche quand l’autre est simplement juvénile et pauvre ? Pauvre à s’allonger sous un corps sans intérêt, un gus interchangeable, commun à l’engeance des génitoires ballants, de ceux qui peuvent se les gratter en paix, avec les alloc ou les congés payés, la retraite, en attendant la petite gâterie avec pas même l’impression de se payer une pute.

A gauche un autre homme s’assoit. Plus vieux, plus gras, parlant d’une voix douce et paternelle à une enfant de deux ans. Un autoproducteur de « petites » ?

Il est temps que je calte.