Accueil du site > Temps qui courent > Q u’ o n c o u r t > Passer l’hiver

Passer l’hiver

C’est fait, il fallait bien rentrer un jour. Ne pas moisir dans ses tongs, le short ballant au rythme de l’ennui. Dire au revoir pour ne pas dire adieu, faire des cartons, emballer et donner, poser des jalons, des bornes à quoi accrocher des envies de revenir.

Aller

Venir

...

Ne glosons pas sur le va-et-vient alors que l’existence ne suit qu’un sens, forcément vain, où nous promenons l’impression d’agir sur les directions à prendre.

Au retour, la France ressemble à un souvenir, pas même fané, un étrange décor, identique à lui-même - pas fidèle, identique. La France râle, geint, se plaint, compte. Des points, des retraites, des augmentations, des croissances de chômeurs. Elle s’épuise à radoter ses certitudes.

Nous sommes des familiers. Elle a vieilli. Moi à peine, bien sûr. Elle se veut belle et se croit moche, ou l’inverse. Ceux qui la regardent la trouve désuète, sédentarisée dans ses emportements, ses envolées auxquelles elle ne croît plus. Elle n’est pas sage non plus. Un peu conne, tentée par la vieille droite rance, ou bien indécrottablement vindicative, campée dans ses désirs de ne rien lâcher de ce qui fut acquis de luttes âpres, longues et anciennes. Elle milite encore la France, cramponnée à ses illusions, celles qui finissent par devenir tangibles et robustes tant elle les revendique.

Donc, l’ailleurs est de nouveau plus loin. Et moi, plus chez là-bas et pas davantage ici : après avoir vécu ailleurs, je resterai nulle part. L’heure n’est pas à la mélancolie. Ma pigmentation file avec les degrés. Une seule chose compte : se couvrir. Il faut attendre le passage des ciels gris, le vent, la pluie -froide, maintenant la pluie est froide, moins taquine et passagère. Il faut accepter le soleil cru qui chauffe mal mais donne cette lumière où les contrastes n’ont pas de nuances, seulement des différences.

Et puis, enfin, les jours reviennent. Ils s’étirent d’avoir tant dormi, de s’être enroulés pour hiberner.

C’est fini. L’hiver est passé et rien de plus. Les années ont passé aussi, ailleurs, dans ce monde qui m’habite et qui n’est donc pas si loin. La France, la mienne, s’est seulement étirée - elle en avait l’habitude. Elle n’a jamais été hexagonale et bornée ; elle est fruit d’idées, de contradictions, elle est… exportable, migrante. Je ne lui ai jamais donné que la valeur de ce qu’elle indiquait sur le passeport, une nationalité facile à transporter. Ni héroïque tout à fait, ni nauséabonde réellement, pas banale pour autant. Je reste donc dans un univers qui a pris des formes, celles d’avant et de nouvelles. Des formes sans pesanteur ni lourdeur, un espace entre temps et géographie. Un espace à prendre encore, à habiter.

Il n’y a ni retour, ni mélancolie. Il n’y a qu’une saison qui s’achève en attendant les suivantes.