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Première bougie

Est-on bien sûr dans une vie d’homme que le temps se consume ? Les souvenirs, eux, se sédentarisent. Ils sédimentent également lorsqu’on ne les sollicite qu’en mémoire. En chair, dans celle d’un ami ou d’un proche, malgré les gris nouveaux et les relâchements musculaires, les souvenirs redeviennent des moments auxquels d’autres se substituent.

Ce serait donc cela vivre, devenir un être plus long, plus étendu et plus divers, un habitant du monde. Sans échapper aux contingences, cette expansion de soi permet de les envelopper de davantage de nuances, de les diluer dans ailleurs et tout le temps, et tordre ainsi, enfin, le cou à l’ici et maintenant.

Voilà je ne suis ni d’ici, ni de maintenant, mais dans l’épaisseur de la durée et de la distance. Un relent d’océan qui ne se décide jamais à rester ni à partir complètement. Lavé par le mouvement et chargé des scories de chaque lieu. Mais pas épave pour autant puisque je ne suis ni échoué, ni dérivant.

Le vent, le bruit de la pluie, les hommes même et les orties incontestablement, sont les mêmes d’un bout à l’autre de la Terre. Les hommes peuvent la retourner, la fragmenter ou venir polluer les côtes du grand Nord, ils ne feront jamais que marcher sur leurs empreintes.

Alors que mesurer après un cycle de saison et la borne des mois qui recommencent ? Le chemin parcouru, les nouveaux jalons, ou l’égrainement des petits cailloux des instants en saillis ?

Oh très clairement, à l’instant d’écrire, au moment de formuler la réponse, rien ne compte vraiment que cette ligne de continuer qui a fait une année après une autre et avant la suivante. Belle philosophie que ce constat d’évidence. Ainsi donc avec une année de plus je n’ajoute guère de sagesse.

Et quoi ? Je revenu vivre sur la terre qui m’a vu naître et cela ne veut rien dire réellement. J’ai vécu ailleurs, enfin, et cela, oui, a ajusté un curseur que je connaissais intuitivement. Je souhaite qu’une chose à tous - amis ou ennemis- faire cette expérience de la distance géographique en plus du plaisir à vivre celle du temps. Elle est indispensable. En se dressant l’homme est devenu nomade, et puisque j’en suis un, et vous aussi, alors savourons de jour en jour, de mois et d’années cette évidence : ni le temps ni l’espace ne se consument ; ils existent dans l’unicité de leur durée.