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La pub entre les os

L’archive est noble. Elle porte sur le réel l’épaisseur de la durée qui donne sa noblesse au présent.

Seulement voilà, les mots joliment agencés les uns derrière les autres manquent cruellement de pragmatisme. Les images à conserver, ça ne rapporte pas même trois sous, et ça a plutôt tendance à en coûter. Alors c’est bien gentil tout ça, cette façon de garder des preuves de bavures de l’humanité mais c’est pas comme ça qu’on rentabilise la mémoire.

Prenez un génocide, ces massacres de masse et ses drames individuels, ça a beau faire un bon sujet à réchauffer, livré tel quel, dans son jus de l’époque, soigneusement archivé par l’INA, ben ça manque de retour sur investissement. Les documents télé des années 90, avec leur côté vintage, c’est pas vendable.

Casse la tienne on va vendre le bandeau de démarrage. Et hop, juste avant le général Mladic dans ses meilleures exactions criminelles, un spot pour une bagnole. Qu’est-ce qui pourrait mieux habiller des documents sur le massacre de Srebrenica - le plus grand massacre en Europe depuis 50 ans ? Une bagnole plus grande que la première.

L’INA trouve l’argent où il peut, des vidéos sur le net ça se paye et la pub c’est fait pour ça. L ’immoralité, l’indécence, l’ignominie de cette mise en parallèle relèvent d’une fantaisie intellocrate. Y’a quand même des choses plus importantes que des questionnements moralisateurs. Soyons pragmatiques, ce n’est pas avec des vieux os enfouis dans un charnier qu’on renfloue les caisses.

Et puis de quoi je me plains, je les ai mes archives audiovisuelles gratuites et en libre accès. Et tout ça grâce à qui ? A quelques multinationales qui n’ont d’ailleurs jamais eu de difficultés à distinguer éthique et pratique, et par là à traverser les massacres avec une assurance aveugle dans la supériorité de leurs dividendes.

En plus, autant que je m’en souvienne, les génocidaires roulaient dans des marques concurrentes et des modèles éculés. De quoi me plaindrai-je donc ?